Agathe et François Jeanneau Dimanche 14h30

Meilhan acoustique jazz festival, août 2019, avec Philémon Régnauld.
               Agathe et   François Jeanneau            Lecture improvisée  
                                               LE DOUBLE JE

Il a plu toute cette journée du 29 mai 1955, une pluie de printemps, en averses orageuses de grosses gouttes charnues qui s’écrasent mollement sur la chaussée oufont résonner le capot des voitures. Quelle heure peut-il bien être ? 21h30 sans doute puisque la nuit est déjà là. Le ciel s’est calmé.
Appuyé à la rambarde du balcon du deuxième étage du 36 avenue de La Motte-Picquet, je me pose la question de savoir ce que je vais faire ce soir. Irai-je ou n’irai-je pas ? Vais-je avoir ce courage, mais aussi ce plaisir, ou bien vais-je me dégonfler et le regretter ensuite ? Voilà ce à quoi je pense, tout en suivant du regard les traces, rouges ou blanches, que laisse dans les flaques d’eau de la chaussée le passage des voitures. Pour tout dire, j’ai un peu le trac, voilà. Aller faire le bœuf au Club Saint Germain lorsqu’on est un jeune musicien d’à peine vingt années, il y a de quoi avoir un peu la trouille. Pourtant je suis prêt, j’ai astiqué mon sax ténor, mis un peu de talc sur le tampon du sol dièse qui, comme chacun sait, à tendance à coller, nettoyé mon bec, un Larsen métal 115, cherché une bonne anche. Oui, je suis prêt.

Extrait d’Une anche passe, AutoGraphie Bio par François Jeanneau.

A la galerieGalerie M.C. Duchosal, Paris, décembre 2018